CROCI-TORTI PARRINO THURMAN

Sylvain Croci-Torti, Steven Parrino, Blair Thurman

(« T’as un beau châssis, tu sais ? »)

C’est en croisant Blair Thurman à la Foire de Bâle il y a deux ans que celui-ci a exprimé son envie d’organiser, en tant que curateur, une exposition dans ma galerie.
Avait-il déjà une idée précise de ce qu’il souhaitait montrer ? Peut-être aurais-je pu imaginer, alors qu’il venait – à l’instigation de Samuel Gross – d’écrire quelques lignes sur le travail de Sylvain Croci-Torti dans sa 1ère monographie*, que son vœu serait celui d’une exposition confrontant quelques-uns de ses travaux avec ceux de ce dernier ?
C’est peu après, lors d’un entretien téléphonique, que j’ai appris qu’un aspect du travail de Sylvain lui rappelait sa pièce imposante qu’est «The Speedway painting» exposée en 1992 à Boston lors d’un show commun avec Steven Parrino, tableau (ou plus exactement ensemble de 19 toiles) montré à nouveau à la foire de Bâle Unlimited en 2019.
A partir de là, l’idée d’exposer également des pièces de Steven Parrino (dont Sylvain est fan tout comme il l’est également du travail de Blair Thurman) et de faire le lien entre ces trois peintres et leurs approches respectives avait de quoi être réjouissante!
Au-delà des amitiés et du respect, il existe évidemment un lien commun dans les démarches de chacun : un intérêt fort pour la peinture et surtout l’action que les trois injectent – chacun à leur manière – dans leurs travaux et dont le résultat est cet impact visuel très fort et immédiat qui se dégage.
Mais au-delà des surfaces des tableaux et de ce qu’elles proposent, il y a cet attachement partagé pour le châssis et l’intérêt qu’il revêt pour chacun ; Sylvain le construit lui-même et y apporte un soin méticuleux pour le confronter – le plus souvent – à l’architecture du lieu (ne dit-il pas que le châssis lui prend un temps fou à construire, contrairement à la mise en œuvre de sa peinture ?).
Steven, lui, y apportait une attention particulière, notamment, en donnant à voir les chants du tableau transposés sur la surface par le biais du nouvel agrafage de la toile ou en laissant apparaître le bois, mis à nu. Enfin, Blair lui apporte, tant par l’épaisseur que par la complexité générale de la forme, cette importance sculpturale du subjectile.

Sylvain Croci-Torti (1984), originaire de Stabio (TI) peint à l’aide d’un outil de sérigraphe (une bacholle détournée en racle à encre) de larges toiles monochromes en s’imposant un rythme de travail protocolaire très court correspondant à l’écoute d’un titre de rock alternatif, la musique étant un élément primordial dans sa vie.

Steven Parrino (1959 – 2005), né et décédé accidentellement à New-York, froisse et déconstruit des appropriations de monochromes en bouleversant la surface de la peinture dans une synthèse entre high et low culture.

Blair Thurman (1961), né à la Nouvelle-Orléans, se sert de sa fascination d’une certaine culture populaire des USA pour l’utiliser comme matériau ; un travail abstrait inspiré des objets trouvés (un circuit de voitures Hot Wheels, une aile de voiture, une roue…) qui lui procurent la composition de ses pièces.

A l’occasion de l’exposition, Sylvain Croci-Torti a conçu avec Blair Thurman une sérigraphie originale éditée à 20 exemplaires. C’est également la première fois que Blair Thurman montrera à la vente des dessins originaux.

Joy de Rouvre, avril 2021

*Publication JRP – Presses du Réel

 

« Reluctant moralists, we make art that suggests our simultaneous longing for anarchy and order-to have nothing and everything. An uneasy peace is made between the reassuring mythologies society and culture provide and our wish to see ourselves as free agents. The very best in art makes public our private anguish in the face of this ineluctable conflict.” (Sherrie Levine, unpublished statement 1979, quoted in Thomas Lawson “We must embrace our joys and sorrows”, published ZG Magazine n°3,1981).
Blair Thurman, a “Pop” sensitive, and his work, a haphazard reclaiming of the “Look of Cool”. His method is gaze and memory rather than cold analysis. More like the free associations of a Beat poet on the road, happening upon Gonzo situations and structures, awash in neon, remembering a childhood of Hot-Wheels and model-glue, suspended in a haze of martinis, coffee, pain-killers, anti-histamine & Thera-Flu.
Thurman’s work here is based on a memory of driving through the Alps. The road as abstraction. There is no story about Tony Smith driving on the newly-made New Jersey Turnpike at night. No lines on the road, a perfect black slab…no other traffic…no lights other than the lights of the car he was in. For Smith this was a pure art experience. Now Thurman turns the road on edge. Smith never made artwork from his road experience. Thurman recognizes the art and transforms the idea into a painting. Thurman’s weird subjective road begins this exhibition. The model of the “Creature from the Black Lagoon” is an artifact from a happening that Thurman produced where he invited friends to build models in an art gallery. An obsessive action driven by obsessive collecting. The aesthetics of punk underground trash…a tube of Testors in each nostril…hurtling through space. The loner as Silver Surfer confronting the post-punk existential. For me the creature is our dark nature…our subjective selves. The dark self on the road to nowhere.

Steven Parrino, excerpted from exhibition brochure Return of the Creature, curated by Steven Parrino, Künstlerhaus, Palais Thurn & Taxis, Bregenz, May 17-June 22, 2003

“Less is new”
I first saw Sylvain Croci-Torti’s work at the “young artists” show part of Art Basel-the Swiss Art Awards-now several years back and I remember mentioning to Samuel Gross how it came across familiar but new; almost less-as-new-like a haunting-paintings without density yet insistent in the space and distilled that function. They lean across corners like someone leaning on your car-they loom, they block, they hover-and this insistence is a key element of the lineage of minimal painting “old school” as the Zoolander film’s walk-off reference with difference essential. These paintings are pushy, but they carry the traditions of the genre. I admit to being a stay-at-home, an intentional recluse – I mostly see only the things I really know – so I see in the work Parrino, Mosset, Bill, Buren (maybe even me a little), but that’s minimal painting as it is-an old school. The interrelation is a pleasure and a strength, and as an outsider, I dare say very Swiss. I had the occasion to assemble and show a work from 1992, The Speedway Painting, recently after 25 years and there was that leaning and looming that I liked so much in Croci-Torti.In those days I had been pursuing a “less-than-painting” but I think the real goal was “less-is-new”.

Blair Thurman, excerpted from Sylvain Croci-Torti, JRP Editions & Presses du Réel, pp 48-49, 2018, published for the exhibition “Tallahassee”, February 23-May 13, 2018 (for sale at the gallery, CHF 35)

 

 

Date

Du 06/05/21 au 26/06/21

Vernissage

le 6 mai 2021 de 12h à 21h

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