AURORA

Frédéric GABIOUD

Pour cette première exposition personnelle à la galerie, les œuvres de Frédéric Gabioud poursuivent le travail mené depuis 2012 à travers la technique du shaped canvas : une pratique sans ornements, rigoureusement non figurative et la plupart du temps monochrome avec laquelle l’artiste lausannois conçoit le châssis en fonction du développement spatial qu’il veut obtenir une fois l’œuvre entoilée et peinte.

Avec un soin obsessif pour la ligne et la tridimensionnalité, l’apparente simplicité du résultat mesure en réalité toute la technicité que requiert la conception du canevas, auquel la toile doit ensuite être soumise pour la conformer à une armature qui n’est jamais plane. Un travail de construction sous-jacent qui – à mesure qu’on en devine les traces dans les nuances de la surface – révèle alors le caractère hautement sophistiqué de ses œuvres, dont la volumétrie et la structure facettée apparaissent uniquement avec le déplacement du spectateur et les variations chromatiques créées selon la source de lumière.

La pluralité des effets visuels que permet cette technique est ici exemplifiée dans la première salle de l’exposition. À partir des réflexions menées sur des toiles uniques, la régularité de la surface se retrouve systématiquement mise en défaut, trompée par une monochromie totale qui dissimule en réalité la lenteur d’un biseau (Dr. Beckmann ; Utz), ou par l’impression d’inachèvement de la peinture qui révèle un biseau précisément laissé en réserve (Jewel). Un effet que l’artiste prolonge dans les œuvres assemblées, obtenues par châssis juxtaposés, pour lesquelles la planéité de la première toile est virtuellement rompue et déviée par la saillie de la seconde, placée en socle ou en corniche (Waxed ; Aurora) ; mais également dans les œuvres bidimensionnelles où la réflexion, portée désormais sur les tranches du châssis, permet à l’artiste d’exacerber les mêmes tensions entre l’œuvre et son environnement, soumettant la forme à une dimension spatiale discordante qu’il dilate jusqu’à la liquéfier.

Faussement simplistes et statiques, le caractère changeant de ces œuvres est donc indissociable du phénomène perspectif, appréhendé dans ses aspects illusionnistes et illusoires, comme pour les sérigraphies sur aluminium, dont la superposition des couches de couleurs et la surface réfléchissante provoquent à leur tour les équivoques d’une œuvre qui communique et interfère avec son propre espace (Blutorange).

Spécialement conçue pour cette exposition, l’œuvre composite de la seconde salle rassemble ces mêmes effets qu’elle rejoue à tout autre échelle (Highlight). Au fond de l’échappée que crée le couloir, si sa présence fonctionne évidemment en écho aux toiles précédentes, ses dimensions excèdent sans cesse le champ de vision offert par l’encadrement de la galerie. À mesure que le spectateur s’en rapproche, l’œuvre s’avère alors avoir envahi et opprimé l’espace entier, dévoilant le caractère déceptif d’une sculpture en ronde-bosse inconciliable avec l’espace qu’elle occupe. En effet, tandis qu’aucune des faces ne peut être embrassée d’un seul regard, la déclivité de la partie supérieure brise aussi tout rappel éventuel avec la salle qui l’entoure et que l’œuvre semblait reproduire en abîme.

Ce disfonctionnement ambiant, auquel participe la répétition des ellipses, condense ici le procédé avec lequel l’artiste fausse constamment la cohérence perspective et le système orthonormé suggéré a priori par son travail. Le temps du parcours, l’exposition de Frédéric Gabioud offre alors un aller-retour entre la clarté des volumes et sa propre dégénérescence, apportant avec ses distorsions raffinées l’une des promesses de l’aube : celle des désillusions.

Fabio Gaffo

 

Frédéric Gabioud est né en 1990 à Lausanne. Diplômé de l’ECAL en 2013, il est membre (avec Baker Wardlaw et Arthur Fouray notamment) de Silicon Malley, un « artist run space » sis à Lausanne qui promeut le travail d’artistes locaux et internationaux.

Il a participé à des expositions personnelles et/ou collectives à Quark (Genève), au Swiss Institute (New-York), à la Galerie des Galeries (Paris), chez Joy de Rouvre (Genève), à WallRiss (Fribourg) et au Musée des Beaux-Arts de la Chaux-de-Fonds.

En 2017, il a remporté la Bourse de la Fondation Leenaards. En 2018, son travail a été sélectionné au Swiss Art Awards Basel.

lien presse: https://www.artageneve.com/article/rencontre/frederic-gabioud

Date

Du 18/03/21 au 01/05/21

Vernissage

le 18 mars 2021

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