Années 1970

Bernard Joubert et François Ristori

Questionner les limites / Bernard Joubert – François Ristori (travaux des années 1970)

Les travaux de Bernard Joubert (1946) et de François Ristori (1936-2015) doivent être reconsidérés à l’aune de l’histoire des recherches picturales des années 1970. En effet, tous deux, parmi bien d’autres de leurs contemporains européens et américains, ont participé à cette investigation d’une peinture débarrassée de toute subjectivité qui privilégie avant tout sa matérialité. En renonçant au talent pictural, à la gestualité habile, au don de la touche, ils ont élaboré une œuvre qui fait part à la réflexion plutôt qu’à l’expression.

Si François Ristori développe un travail critique – voire politique, en résistant tout au long de sa carrière à la modification de son ensemble de 3 couleurs – Bernard Joubert se place plutôt dans une pratique exploratoire de la peinture. Et si chacun construit un espace pictural bien distinct, il ne fait pas de doute que tous deux ont décidé de questionner les limites de la pratique picturale : François Ristori en déployant inlassablement un paradigme unique ; Bernard Joubert en interrogeant le tableau et son seuil limite d’existence.

En réitérant son hexagone rectifié et ses déclinaisons infinies, François Ristori engage le spectateur à regarder véritablement ce qui se passe à  la surface de sa peinture. Car oui, aucun de ses travaux n’est exactement similaire !

Bernard Joubert, lui, va aux frontières du visible, soit en accrochant ses rubans peints au sol ou en les intégrant aux tableaux d’autres artistes, soit en les configurant de telle sorte que l’œuvre est susceptible de ne pas être vue (un ruban blanc sur un mur blanc). Son incursion parallèle dans la photographie conceptuelle confirme encore son intérêt pour la mise à distance de la forme conventionnelle du tableau.

Dans les deux cas, c’est l’acte de voir qui est prépondérant, car c’est lui qui va permettre de distinguer les différences entre les Traces-Formes ou de révéler la surface décrite par les rubans de cotons. On pointera encore chez les deux plasticiens cet intérêt commun à quitter les galeries et musées pour intervenir dans la rue : en travaillant à même le sol pour François Ristori ; en accrochant ses rubans de coton peints sur des murs de la ville pour Bernard Joubert. Enfin, on relèvera qu’ils entretenaient une forte relation d’amitié, démarrée en 1974 lors du vernissage de la première exposition de Bernard Joubert chez Yvon Lambert à Paris.

La galerie propose une publication au sujet du travail de François Ristori (CHF 30.-) ainsi qu’un entretien avec Bernard Joubert: interview Bernard Joubert

https://bernardjoubert.com

https://francoisristori.com

Date

Du 12/05/22 au 02/07/22

Vernissage

le 12 mai de 18h à 21h

François Ristori, Sans titre (2017.039), ca 1979

peinture sur toile

184 x 166 cm

Bernard Joubert, Carré bleu clair -rouge, 1975

peinture sur rubans de coton

200 x 200 cm

artgenève 2022

John Armleder, John Armleder & Mousses 43, Claudia Comte, Christian Floquet, Frédéric Gabioud, Sylvain Croci-Torti, Karim Forlin, David Malek, Christian Robert-Tissot, Blair Thurman

Stand C42 + Stand C44 Solo Show François Ristori

Date

Du 03/03/22 au 06/03/22

Vernissage

sur invitation exclusivement le 2 mars de 14h à 21h

Amorce(s)

Quentin LEFRANC

Conçue comme un lieu d’étude, l’architecture sert de cadre, de territoire, de terrain de jeu aux propositions de Quentin Lefranc. Toujours, il établit un dialogue entre le site et ce qui y est développé.

Placées à la confluence de plusieurs pratiques, ses pièces fonctionnent comme des parenthèses ouvertes dans l’espace. Par assemblage ou juxtaposition, il interroge ces éléments génériques qui les composent, joue avec leur champ d’application, leurs histoires, leurs assignations. En relançant les dés, il expérimente leurs perméabilités, les hiérarchies, les conditions d’existence des éléments mis en jeu. Si une dimension picturale domine, ses propositions favorisent un champ d’action plutôt qu’une pratique. Par glissement, il détourne les parcours habituels pour mieux rejouer les figures qui font autorité. A chaque fois c’est une mise en pièces du support qui est proposé  pour interroger l’espace élargi de l’oeuvre. L’ensemble établit un trouble aussi bien sur la perception que sur le statut.

Envisioned as a place of study, architecture serves as a framework, a territory, a playground, to Quentin Lefranc’s work. Always, he establishes a conversation between the site and what is materialized in it. Established at the junction of diverse disciplines, his pieces operate as interludes open in space. By assembly or juxtaposition, he questions the signature elements that compose them, plays with their ambit, their stories, their attributions. By rolling the dice, he explores their receptiveness, the hierarchies, the conditions of existence of the challenged elements. If a sculptural dimension prevails, his work favors a scope for action rather than a practice. He distorts the usual itineraries to better reenact the authoritative figures. Each time, it is a mise-en-scène of the structure that is proposed to reflect on the enlarged space of the art work. The whole installs a confusion not only on our perception but on its status.

actualités: https://collectionlambert.com/exposition/quentin-lefranc/

Date

Du 24/03/22 au 07/05/22

Vernissage

le 24 mars dès 14h

NO EASY WAY OUT

Guillaume PILET

 

Entretien avec Guillaume Pilet, janvier 2022

Joy : Cette exposition apparaît au premier regard comme très construite, très élaborée, on sent que tu savais tout de suite où tu voulais aller, c’est exact?

Guillaume : Peut-être plus que jamais, les références que je convoque dans ces nouvelles oeuvres sont très directes. J’ai voulu qu’elles aient une immédiateté presque signalétique. Je récupère des motifs qui sont constamment réactivés dans le paysage visuel contemporain, qui appartiennent à un passé qui déborde sans cesse sur le présent. Je suis sensible à la réification de ces motifs et à la fluidité de leur signification.

Joy : Ces récupérations sont aussi des citations plus ou moins conscientes pour créer un nouveau code de lecture ?

Guillaume : Le motif de la grille est un emblème de la peinture moderne. C’est un élément de composition radical et minimal, peut-être aussi une commodité. Ici, je déploie ces grilles sur des châssis irréguliers, qui engendrent des déformations. Aussi, le fond blanc est appliqué à l’éponge sur le noir, ce qui redouble la sensation de vibration. J’aime l’idée d’altérer la rigidité du motif et ainsi son histoire. Ces grilles sont aussi des prétextes pour évoquer d’autres images, de les aplatir. Ainsi Mondrian passe de l’icône à la caricature, la spirale de Fibonacci fait écho autant à l’obsession mystique pour le nombre d’or à la Renaissance qu’à la récupération sur le web du même motif à des fins humoristiques…

Joy : Le medium de la céramique – que tu affectionnes depuis de nombreuses années – prend ici toute son importance avec quatre sculptures emblèmes de notre société de l’instantané, figées ici dans leur trivialité première…

Guillaume : L’utilisation d’images a priori banales relève pour moi de la réappropriation. Je prends des éléments préexistants et manufacture des artefacts que j’investis de sens qui me sont propres, d’un pas de côté qui les singularise. J’ai représenté quatre objets qui sont aussi pour moi des archétypes. Ainsi je donne du volume à l’emoji représentant un clown, outil de langage universel et emblème de la parodie. Le marteau, un autre outil, permet à la fois de construire et de détruire… et ici il s’érige en une forme sculpturale fébrile… Le canard WC est un objet magnifique aussi bien au niveau plastique que conceptuel; la forme est induite par sa fonction et définit aussi par analogie morphologique son nom. Enfin, la grande tasse portant l’inscription YOUR TEXT HERE représente un objet spéculatif qui ne devrait pas exister en tant que tel. C’est l’image d’un objet standardisé, à la fois le plus banal et le plus fréquemment personnalisé, dont la représentation rudimentaire et surdimensionnée en céramique tutoie la métaphysique. Une image mentale qui s’invite dans le réel.

Joy : Finalement c’est le processus de création même qui est interrogé dans cette exposition au nom évocateur, NO EASY WAY OUT ?

Guillaume : La conversion d’une idée en matière, le glissement du virtuel dans le réel et vice versa, la persistance d’une image mentale dans l’imaginaire collectif… Autant d’enjeux de représentation qui relancent inlassablement la dialectique des processus créatifs, créant des boucles et des interstices, des vortex et des matrices, qui augmentent le réel et le mettent à distance… il n’y a décidément pas d’issue facile.

Date

Du 27/01/22 au 19/03/22

Vernissage

le 27 janvier de 14h à 20h